Il faut de nouveau permettre la création de fonds de pension en France

pension13aut

6 juin 2014 • Actualités • Vues: 2424

Entrepreneur boulimique et homme politique, Charles Beigbeder est désormais à la tête d’Audacia, un fonds d’investissement ciblant les PME. Il plaide aujourd’hui pour la création de fonds de pensions français.

Vous qui vous revendiquez patriote, que pensez-vous du patriotisme économique prôné par Arnaud Montebourg ?
Cela me parle. Il faut être fier des grands groupes français et tout faire pour que leurs sièges sociaux restent sur notre sol. Maintenant, on ne peut pas prendre des décrets dans la précipitation comme c’est le cas. Cela aggrave le mal en envoyant un signal catastrophique aux investisseurs internationaux dont nous avons besoin pour apporter le carburant de nos entreprises. Mais au fond, que peut Montebourg ? C’est trop tard ! Il faudrait que le gouvernement fasse de vraies réformes. Et parmi celles-ci, il faudrait notamment permettre la création de fonds de pension en France.

Après la terrible crise financière de 2008, vous prônez donc le retour de fonds de pension ?
Regardez le dossier Alstom : le capital est détenu majoritairement par des acteurs étrangers et il y a peu de Français au conseil d’administration de ce groupe. Il en va de même pour de nombreuses sociétés du CAC 40 et beaucoup d’ETI. Il y a danger ! La raison, c’est qu’il n’existe que très peu d’actionnaires institutionnels français. Le Fonds stratégique d’investissement ne peut être partout, et il le fait à hauteur de 3 % par ci, 6 % par là. Après, il y a quoi ? La Caisse nationale de prévoyance ? Le Fonds de réserve pour les retraites ? C’est trop peu ! La loi Thomas, qui autorisait les fonds de pensions, a été abrogée par idéologie en 1997 par Jospin. Il faudrait la ressortir, la mettre à jour et la voter ! Le seul problème, c’est qu’il faut ensuite vingt ans pour obtenir de vrais effets. Si nous n’avions pas reculé en 1997, nous n’aurions sûrement pas le débat Alstom aujourd’hui.

Un tel plaidoyer ne renforce-t-il pas une image d’entrepreneur-financier qui crée pour céder, pour faire des « coups » ?
Je n’ai jamais été dans une logique de coups. Sinon, j’aurais vendu bien autrement mes entreprises. Conserver et faire grandir une entreprise, c’est ce que tout créateur souhaite, et c’est ce que j’accompagne aujourd’hui avec Audacia, qui investit sur le long terme dans des PME souvent familiales. Mais lorsque le marché change, il faut parfois s’adosser pour asseoir une entreprise. Cela m’est arrivé deux fois. Avec Selftrade, l’explosion de la bulle internet a été délirante. Si je ne voulais pas que tout s’effondre, il fallait fusionner avec plus grand. Pour Poweo, nous étions géniaux le 14 septembre 2008 avec tous nos projets d’investissement. Deux jours plus tard, après l’explosion de Lehman Brothers, nous étions dangereux. Il ne m’a jamais été agréable de vendre.

Que vous inspire le pacte de responsabilité ?
Ce sont de bonnes intentions. Mais j’ai très peur de l’incertitude créée par ce pacte. Aujourd’hui encore, nous ne savons pas comment il sera orchestré. Cela peut avoir une conséquence négative sur l’investissement, avec des entrepreneurs qui attendent de savoir à quelle sauce ils seront mangés avant de mettre la main au portefeuille. C’est mauvais pour la croissance, et j’en suis donc persuadé, ce pacte est pour l’instant récessif.

Comment orchestrer la relance alors ?
Je souhaite, avec mes amis de la Droite Forte, que soient instaurés des contrats de travail plus flexibles, avec un CDI où les indemnités de rupture seraient intégrées dans le contrat. Ceci permettrait de fluidifier l’emploi. Je prône aussi une révolution fiscale avec un impôt proportionnel de 15 % au-delà de 20.000 € de revenus et de 8 % en deçà. Cela ferait de la France un des pays les plus attractifs du monde au niveau fiscal, tout en accroissant les recettes, puisque nous supprimerions toutes les niches fiscales, hormis le quotient familial. Cette « flat tax » se substituerait à la CSG, que tout le monde paie aujourd’hui et qui est le premier impôt direct de France, mais aussi à l’impôt sur le revenu, aux droits de successions, etc. Ce principe d’impôt proportionnel serait étendu aux entreprises.

Denis Payre, un chef d’entreprise à succès que vous connaissez bien, a lancé son propre mouvement politique, « Nous citoyens ». N’avez-vous pas eu envie de le rejoindre suite à votre éviction de l’UMP ?
J’ai pris ma carte, et je lui ai proposé de labelliser toutes les listes que je menais aux Municipales. Mais il a au contraire placé des candidats contre nous. Denis a eu une approche politicienne en estimant que j’étais trop à droite, et a ainsi joué contre le fait d’intégrer plus de société civile à la vie politique. Ceci montre, hélas, que des problèmes d’ego et de politique politicienne sont déjà à l’oeuvre dans son mouvement.

Au final, quel regard portez-vous sur l’action de Nicolas Sarkozy à la tête de l’État ?
Il a raté son quinquennat. Je lui reconnais son énergie et une capacité à s’emparer de tous les sujets, mais j’aurais préféré qu’il n’en traite que cinq à fond. Au final, l’UMP n’était pas prête en 2007, et ce de façon collective. Les différents colloques avaient débouché sur 200 propositions. Avoir un tel volume, ça revient au final à n’en avoir aucune. Ce qu’il faut pour 2017, c’est arriver avec 10 lois déjà rédigées, annoncer clairement la couleur et les mettre en oeuvre dans les 200 premiers jours.

Vous avez été candidat en 2005 à la présidence du Medef. Que pensez-vous des escarmouches entre Pierre Gattaz et Laurence Parisot ?
C’est vraiment ridicule. Laurence a déconné (sic), cela ne se fait pas de critiquer ouvertement le président du mouvement que l’on a porté pendant huit ans. Il y a un devoir de réserve qu’elle a piétiné. Maintenant, Pierre Gattaz n’est pas toujours très adroit. Au final, je ne sais plus trop ce que pense le Medef. Ce qui sera le révélateur, c’est la prochaine université d’été. Lors de la précédente, Pierre Gattaz n’était là que depuis deux mois. Il était encore en rodage. En août, nous allons donc vraiment voir ce qu’est son Medef.

Propos recueillis par Le Journal des Entreprises et publiés le 5 juin 2014.

Partager cette page