Taubira, la “diva” qui voulait quitter le gouvernement

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5 septembre 2014 • Actualités • Vues: 2948

Tribune publiée dans Atlantico le 5 septembre 2014.

Christiane Taubira ne voulait pas participer au nouveau gouvernement de Manuel Valls, rapporte Le Canard enchaîné du 2 septembre dernier mais s’est laissé convaincre par François Hollande pour qui elle représente son « dernier marqueur de gauche» : « J’ai beaucoup hésité, je ne voulais pas rester au gouvernement, surtout après la nomination de Macron. Mais c’est Hollande qui me l’a demandé. Je n’ai pas pu le lui refuser ».

Celle qui est surnommée « une diva incontrôlable » serait dans le viseur de Matignon qui n’a pas apprécié sa présence, samedi 30 août, à la réunion des “frondeurs” organisée en marge des universités d’été du PS à La Rochelle. « Qu’est-ce que ça veut dire de jouer perso comme elle le fait. Mardi, elle réaffirme devant moi son soutien à la politique du gouvernement et, quatre jours plus tard, elle n’est pas d’accord avec cette même politique! Elle tire trop sur l’élastique. Ce n’est pas admissible » se serait exprimé Manuel Valls.

De fait, la « diva » chercherait la première occasion pour quitter le gouvernement mais voudrait rester maître de son calendrier comme de la mise en scène théâtrale que l’icône de la gauche ne manquera pas de déployer, se drapant dans sa dignité de pasionaria indignée.

Celle qui a fait perdre Lionel Jospin en 2002 restera, malgré d’incontestables talents oratoires, le symbole tant de la déliquescence de la justice que de la dénaturation du mariage et du communautarisme victimaire.

Déliquescence de la justice quand elle fait voter une loi mettant en danger la vie de nos concitoyens parce qu’elle prévoit la suppression des peines plancher pour les récidivistes (alors que Christiane Taubira a elle-même rappelé l’an dernier que le taux de récidive s’élevait à 57%), et aussi parce qu’elle instaure la contrainte pénale pour tous les délits[1], ce qui veut dire donner la possibilité au juge d’infliger à la place d’une peine de prison une sanction alternative en milieu ouvert. Selon une étude d’impact citée par le ministère de la justice, « 8.000 à 20.000 contraintes pénales devraient être prononcées chaque année ». Objectif inavoué : vider les prisons qui ne peuvent accueillir aujourd’hui la totalité des personnes condamnées.[2] Il y a un an, Le Figaro affirmait qu’« entre 80 000 et 100 000 peines de prison ferme sont actuellement “en attente d’exécution” », ce qui signifie que les condamnés peuvent roder comme des prédateurs en toute liberté.

Plusieurs affaires donnent d’ailleurs une image déplorable de la justice de notre pays, à laquelle Christiane Taubira a malheureusement contribué. D’abord, en s’entourant de nombreux conseillers issus du syndicat de la magistrature, éclaboussé par l’affaire du « mur des cons » et dont la présidente a participé, en dépit du devoir de réserve des magistrats, à l’université d’été du parti de Gauche. Ensuite, lorsqu’on apprend par exemple qu’un magistrat relâche, en août 2013, trois voyous qui viennent d’être condamnés à une peine de prison ferme, au motif que la maison d’arrêt de Chartres est pleine. Indignation de Manuel Valls mais aucune réaction de la part de la Garde des Sceaux. Même indifférence lorsqu’en mars 2014, une jeune fille subit un viol collectif dans le parc d’Evry de la part de quatre mineurs (trois Turcs et un Marocain) dont trois récidivistes parmi lesquels l’un d’eux déjà condamné pour viol sans avoir purgé la totalité de sa peine. Mais le plus grave, c’est que les voyous avouent devant le juge le mobile raciste de leur crime. Dès lors, le silence de Christiane Taubira, pourtant si prompt à dénoncer le racisme qu’elle subirait au quotidien, donne l’apparence d’un « deux poids, deux mesures » dont seraient victime ceux qui n’ont pas la chance d’appartenir à la diversité. On pourrait multiplier les exemples à l’excès.

Certes, la Garde des Sceaux doit respecter la séparation des pouvoirs. Certes, elle n’a pas à intervenir directement dans le processus judiciaire. Mais comment accepter sans sourciller par exemple qu’une jeune femme soit victime d’un viol à Paris en juillet dernier dans le XXème arrondissement de la part d’un multirécidiviste guinéen, déféré quelques jours plus tôt pour deux tentatives de viol, placé en détention provisoire, puis relâché sous contrôle judiciaire au motif qu’il présentait des «  garanties de représentation », en fait un simple justificatif de domicile ? À minima, on aurait attendu une enquête disciplinaire contre la décision de ce magistrat laxiste ou une saisine du Conseil supérieur de la magistrature. Mais on a l’impression que Christiane Taubira est plus préoccupée de soigner son image que de s’occuper de l’administration de la justice.

Elle laissera d’ailleurs à la postérité l’image d’une égérie du mariage homosexuel, faisant de cette promesse de campagne de François Hollande une affaire personnelle et se donnant la posture d’une pasionaria victime du racisme « nauséeux et meurtrier », comme elle le prétend dans son ouvrage Paroles de liberté où elle tacle « ceux qui se nomment les anti-mariages, et sont en réalité des antidémocrates [qui] ont rivalisé d’inventivité et d’acharnement pour exprimer leur hostilité à mon encontre, dans le même temps où ils s’exemptaient du civisme républicain en éructant injures et menaces homophobes ». Procédés faciles qui rappellent la stratégie de SOS Racisme ou d’autres lobbys communautaristes, se retranchant derrière l’injure raciste ou homophobe pour éviter d’avoir à trancher un débat dans lequel ils ne sont pas forcément à l’aise. Car Christiane Taubira ne peut ignorer que sa circulaire visant à régulariser l’état civil des enfants issus d’une GPA est loin de faire l’unanimité à gauche, d’autant qu’une pétition de près d’une centaine de personnalités de gauche, emmenées par Sylviane Agacinski, a demandé au Président, au nom du féminisme et de la dignité de la femme, de ne pas s’engager dans cette voie. Elle ne peut, non plus, faire oublier son passé de militante indépendantiste en Guyane. Elle ne peut, enfin, s’exonérer d’un examen de conscience qui lui conduirait à reconnaître qu’elle a menti concernant sa supposée méconnaissance de la mise sur écoutes de Nicolas Sarkozy.[3]

Oui, Taubira symbolise le naufrage d’une gauche libertaire, communautariste et donneuse de leçons, il est temps qu’elle fasse sa « diva » ! Les « Veilleurs debout » lui réserveront sûrement un sympathique pot de départ place Vendôme.

[1] La contrainte pénale sera uniquement applicable aux délits passibles de 5 ans de prison puis, à partir du 1er  janvier 2017, elle sera élargie à l’ensemble des délits.

[2] Selon les statistiques de la Chancellerie, 68 295 personnes étaient incarcérées en France au 1er juillet 2014 pour une capacité d’accueil de 57 712 places, soit un manque de plus de 10 000 places que ne peut combler le plan actuel de construction qui ne prévoit que la création de 6 500 places d’ici 2017.

[3] Christiane Taubira a affirmé avoir été au courant des écoutes par la presse le 7 mars, alors que les documents qu’elle exhibait à l’appui de sa démonstration, prouvaient que son cabinet était renseigné dès le 26 février 2014. Selon Le Nouvel Observateur, il pourrait s’agir d’un problème interne au cabinet, sa directrice de cabinet, informée depuis le 26 février, ne lui ayant pas fait remonter à temps l’information.

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