La juste colère des familles et des contribuables

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22 octobre 2014 • Actualités, Points de vue • Vues: 5595

Tribune publiée sur FigaroVox par le collectif Familles en colère, réunissant aux côtés de Charles Beigbeder, Charles Millon, ancien ministre, Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour Tous, Thierry Vidor, directeur général de Familles de France, Serge Federbusch, président du Parti des Libertés, Jean-Philippe Delsol, avocat et président de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales), Claude Garrec, président de Contribuables Associés et Julie Graziani, porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun.

C’est la goutte d’eau fiscale qui fait déborder le vase de la contestation familiale et sociale. En décidant de moduler les allocations familiales en fonction des revenus, le gouvernement vient de déclarer une nouvelle guerre aux familles. Sous prétexte d’effectuer des économies budgétaires, le gouvernement les prend pour les vaches à lait d’une politique qui allie amateurisme, fiscalité excessive et idéologie rigide.

Amateurisme gouvernemental quand on voit le président de République consentir à une telle mesure, sous la pression des députés socialistes, alors qu’il s’était engagé à maintenir l’universalité des allocations familiales durant sa campagne et qu’il avait encore renoncé à les moduler en fonction du revenu, voici tout juste une dizaine de jours.

Fiscalité excessive quand on comprend qu’une telle modulation n’est pas autre chose qu’une hausse de la progressivité de l’impôt pour un certain nombre de foyers, alors que de plus en plus d’économistes estiment que l’impôt atteint déjà des taux trop élevés en France. Est-on vraiment une famille de nantis quand on perçoit 6 000€ nets par mois mais que l’on doit acquitter l’impôt sur le revenu, éduquer deux enfants et faire face à l’augmentation du coût de la vie ?

Fiscalité injuste qui touche des familles déjà affectées par la baisse à deux reprises du plafond lié au quotient familial, par la suppression de l’exonération fiscale des bonus versés par les caisses de retraite à partir de trois enfants, par l’intégration de la part employeur des cotisations mutuelles dans l’impôt sur le revenu, ou encore, pour certaines d’entre elles, par la création d’une nouvelle tranche sur l’impôt sur le revenu. Une hausse qui s’ajoute donc à de nombreuses mesures portant toujours sur les mêmes foyers, les classes moyennes supérieures, qualifiées de « riches », alors que dans le même temps, l’on supprime la première tranche de l’impôt sur le revenu et l’on augmente le budget de l’AME (Aide Médicale d’État, servie aux étrangers en situation irrégulière sur le territoire), qui s’élève à plus d’1 Md€ pour l’année 2014. À brève échéance, si l’on continue à pressurer ainsi les familles, on risque de couper la France en deux et de creuser un fossé entre ceux qui cotisent et ceux qui perçoivent, déresponsabilisant ces derniers, mettant à mal la solidarité nationale et remettant en question le consentement à l’impôt des classes moyennes.

Idéologie pernicieuse quand il s’agit, au nom de la justice sociale, de détruire le fondement de notre politique familiale, qui faisait consensus à droite comme à gauche depuis 1945 : l’attribution d’un même niveau d’allocations à chaque famille en fonction du nombre d’enfants, quel que soit leur niveau de revenus. Même Lionel Jospin avait dû renoncer à plafonner les allocations familiales devant le tollé suscité par une telle mesure et s’était rabattu sur une diminution du plafond lié au quotient familial. Avec François Hollande, les familles auront droit à la double peine : baisse du quotient familial et modulation des allocations. Certes, selon Matignon, seuls 13% des foyers fiscaux seraient concernés par cette disposition. Mais ils en concentreront toute la nocivité ! Qui ne voit qu’il s’agit là d’une brèche qui permettra ensuite d’abaisser encore les versements pour faire de la famille une variable d’ajustement des politiques de réduction budgétaire. En supprimant l’universalité des allocations familiales, c’est le principe même de la politique familiale française qui se trouve remis en cause, à savoir le même niveau d’allocations pour tous les enfants et la solidarité recherchée entre familles avec ou sans enfants.

Si l’on applique ce même raisonnement à toutes les branches de la sécurité sociale, on pourrait moduler le remboursement des soins ou le montant des pensions de retraite en fonction des revenus, partant du principe qu’il serait désormais inutile de rembourser ces dépenses aux « riches » ! C’est exactement ce que vient de faire le gouvernement pour les allocations familiales, oubliant qu’aujourd’hui, les cotisations des « riches », assises sur les salaires, sont déjà beaucoup plus élevées pour un même niveau d’allocations, et que par ailleurs, de nombreuses prestations (par exemple la PAJE – prestation d’accueil du jeune enfant – ou l’ARS – allocation de rentrée scolaire) sont déjà versées sous condition de ressources. Aujourd’hui, chacun cotise à proportion de ses revenus pour des prestations équivalentes. Demain, ceux qui cotiseront plus percevront moins que les autres, de quoi relancer le débat sur la possibilité de quitter la sécurité sociale au profit d’une assurance privée.

Lorsque toute l’action de l’Etat consiste à écraser les revenus sans plus se soucier d’offrir aucun service, ce n’est plus la République mais le pur et simple égalitarisme.

La décision du gouvernement est lourde de conséquences puisqu’elle appauvrit les familles aisées qui ne pourront plus soutenir comme auparavant un même niveau de consommation. On peut donc légitimement craindre une augmentation du chômage liée à un recul accru de la demande. De plus, elle met à mal une politique familiale déjà fragilisée par le pacte de responsabilité qui a supprimé les cotisations familiales supportées par les entreprises. Enfin, cette réforme est difficile à mettre en œuvre puisqu’elle suppose que la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) qui procédait à des versements automatiques à chaque naissance, actualise en permanence ses dossiers en fonction des données adressées par Bercy, ce qui nécessite, selon ses dires, l’embauche d’au moins 600 personnes, représentant un budget supplémentaire d’environ 60M€.

Il est donc de notre devoir de nous mobiliser pour empêcher une telle mesure d’être définitivement adoptée. Un consensus national est possible puisqu’elle coalise contre elle trois types d’acteurs indépendants les uns des autres : les défenseurs de notre modèle social (tels Thierry Lepaon, de la CGT, ou les députés frondeurs de gauche), les associations familiales, déjà fortement mobilisées ces derniers mois, et enfin tous ceux qui, de plus en plus nombreux, expriment un ras-le-bol fiscal. Il est fort possible que François Hollande doive plier devant le rapprochement de tous ces protestataires, souhaitons-le pour le bien de notre pays !

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2 Responses to La juste colère des familles et des contribuables

  1. MULLER dit :

    Bonsoir,
    Tout à fait d’accord avec votre article. En deux ans, mes impôts ont augmenté de 3400 euros du fait de la double baisse du quotient familial et si j’ajoute la modulation des allocations, cela fait une hausse de près de 6000 euros d’impôt ! Ce n’est plus possible ! Tout est indexé sur nos revenus, l’école, la cantine, la crèche. On paye le maximum pour tout et nous n’avons plus droit à rien. On ne peut pas réformer dans l’urgence et sans concertation la politique familiale.
    Oui, le gouvernement actuel remet en cause et affaiblit le consentement à l’impôt et la solidarité nationale. J’aurais de loin préféré la fiscalisation, mais sans doute contraire aux bons principes de notre cher Président puisque une réforme est juste si elle touche seulement 13 % des ménages ! Drôle de définition de la justice !

  2. PARMENTIER dit :

    Les familles sont très taxées et les nantis du foot sont exonérés d’impôts….!!!!!

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