Réaction à l’interview présidentielle du 7/11/14

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7 novembre 2014 • Actualités • Vues: 2459

Monsieur le Président,

Lorsque vous avez remis à Manuel Valls les insignes de Grand-Croix de l’ordre national du Mérite, vous avez souligné, en rendant indirectement hommage à votre mode de gouvernance, la nécessité pour la France d’être dirigée par des « hommes de synthèse », qui tiennent une position d’équilibre entre des points de vue tranchés. C’est, à vous entendre, la qualité essentielle que l’on attend d’un chef de gouvernement : écouter les avis des uns et des autres, puis adopter un compromis qui puisse satisfaire votre droite comme votre gauche.

Méthode classique qui ressemble, à s’y méprendre, aux concessions de couloir et autres demi-mesures d’arbitrage dont était coutumière une IVème République largement sous la coupe des partis et devenue impuissante à force de renoncements.

Méthode qui rappelle également votre expérience à la tête du parti socialiste où vous excelliez dans l’art de la « synthèse » entre des positions souvent contradictoires, vous maintenant ainsi plus de dix ans à la tête du parti, en faisant cohabiter, derrière une unité de façade, des courants dont l’opposition éclata au grand jour une fois le PS au pouvoir.

Méthode qui illustre enfin, pour l’instant, la plupart des décisions de votre quinquennat, faite d’hésitations, d’annonces en demi-teinte puis de rétropédalages, et dont l’affaire Leonarda en constitue le cruel paroxysme. La seule fois où, à ma connaissance, vous avez tenu le cap que vous vous étiez fixé, c’était à propos de la loi Taubira et je crois qu’il s’agissait d’une profonde erreur pour un Président qui avait promis de ne pas diviser les Français.

Monsieur le Président, nul ne peut gouverner sans prendre de risque. S’il est important d’être un « homme de synthèse », il est aussi fondamental de gouverner avec un cap précis et une ligne politique claire, sans courir à la remorque d’une cote de popularité qui dégringole et d’une opinion publique lassée par tant d’effets d’annonces non suivis d’actes effectifs. Car, à vouloir satisfaire tout le monde, on risque de ne contenter finalement personne.

De plus, il est illusoire de vouloir faire la synthèse entre des politiques économiques radicalement opposées. Cette utopie vous condamne à l’impuissance, car gouverner, c’est choisir, et il n’y a aucun point commun entre l’étatisme étriqué d’une Martine Aubry et le social-libéralisme d’un Emmanuel Macron.

En janvier 2014, vous avez choisi, par votre pacte de responsabilité, de mettre en place une politique de l’offre à destination des entreprises, afin qu’elles puissent créer des emplois et investir. Mais, ce ne fut, malheureusement, qu’un pieux discours qui ne put se traduire dans les faits, en raison d’une majorité socialiste radicalement hostile à votre « virage libéral ».

La chef d’entreprise, Karine Charbonnier, vous a cruellement ramené à la réalité, en vous expliquant qu’en délocalisant sa société à l’étranger, elle gagnerait 3 M€ qu’elle acquitte aujourd’hui sous forme de charges sociales qui financent des dépenses telles que la santé ou la famille, qui devraient normalement être prises en charge par l’impôt. Et de vous interpeller sur vos mesurettes : « Le CICE, c’est 300 000€ par rapport aux 3 M€. Ce n’est pas de nature à augmenter notre chiffre d’affaires et l’emploi en France ».

Si vous vouliez aller au bout de votre logique, vous mettriez en place une TVA sociale qui ferait financer une partie de la protection sociale sur nos importations et rendrait nos produits plus compétitifs à l’export. Ainsi, notre pays pourrait endiguer les vagues de délocalisations qui, en l’absence de réforme majeure, ne manqueront pas de se produire à nouveau.

Sur le plan fiscal, vous avez très justement expliqué qu’ « il y a un moment où la classe moyenne supérieure ne peut plus accepter d’augmentation d’impôt », confirmant par la même occasion que 20% des Français les plus aisés avaient supporté 75% des mesures de hausse d’impôt de 2013 et 2014. Mais si vous vouliez tirer les conséquences de votre constat, vous retireriez la modulation des allocations familiales récemment adoptée par l’Assemblée nationale, qui augmente la progressivité de l’impôt pour les classes moyennes supérieures et est profondément injuste dans son principe.

Mais votre art de la « synthèse » vous condamne malheureusement à ne faire que des annonces de second ordre, comme la création d’un nouveau contrat aidé pour les seniors ou le rétablissement de l’allocation équivalent retraite (AED) pour les chômeurs de plus de 60 ans ayant toutes leurs annuités.

Votre seule annonce d’envergure concerne malheureusement encore une fois le domaine sociétal, lorsque vous avez souhaité le vote d’une loi sur la fin de vie qui, selon toute vraisemblance, légaliserait l’euthanasie par la prise en compte des directives anticipées de chaque personne. Ayant renoncé à réformer la France, vous tentez ainsi de cliver sur les sujets sociétaux, fidèle en cela à la ligne idéologique définie par Terra Nova en 2011.

Nous voulons une France qui retrouve le chemin de la croissance, monsieur le Président, pour cela, il faut rétablir la confiance avec les entreprises, en cessant les tergiversations et les mesures de dernière minute. Donnez donc carte blanche à votre Premier ministre et à votre ministre de l’économie pour mettre en œuvre les réformes économiques dont la France a cruellement besoin !

« La politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire » écrivait Richelieu qui ajoutait aussitôt : « Quand une fois j’ai pris ma résolution, je vais droit au but et renverse tout de ma robe rouge ». Puissiez-vous, monsieur le Président, renverser vous aussi, avec la même vigueur que Richelieu, toutes les féodalités et les archaïsmes dont souffre la France aujourd’hui !

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