La CEDH porte atteinte à la dignité de la vie humaine

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5 juin 2015 • Actualités • Vues: 1505

Cette tribune a été publiée sur FigaroVox à la veille de la décision rendue par la CEDH qui rejette le recours des parents de Vincent Lambert et confirme l’arrêt du Conseil d’Etat rendu en juin 2014.

La lire sur FigaroVox ou bien ci-dessous :

C’est un drame familial dans lequel s’affrontent deux amours irréconciliables, celui d’une mère et celui d’une épouse, dans lequel se heurtent deux conceptions radicalement opposées de ce qui fait la dignité d’un homme et le sens d’une vie, dans lequel s’épuisent des prétentions absurdes à savoir ce qu’un jeune homme, placé dans une situation dont il ne pouvait avoir la moindre idée, aurait voulu ou n’aurait pas voulu. Ce drame privé est devenu une affaire médiatique, un dossier judiciaire et un enjeu politique.

Ce vendredi 5 juin, la CEDH va rendre son arrêt, confirmant ou infirmant la décision du Conseil d’État de voir cesser l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert jusqu’à ce que mort s’ensuive.

On abuse des reformulations euphémisantes; il s’agit de le «laisser partir», de cesser le «maintien en vie», comme s’il fallait gommer et non assumer pleinement la radicalité de cette opinion: qu’une vie aussi loin des standards peut ou doit être abrégée. Pourtant il n’y aura pas d’autre solution que de cesser la nutrition, ce qui devrait entraîner la mort en quatre à cinq jours; une injection létale serait plus rapide, évidemment, mais quoiqu’elle aboutisse strictement au même résultat, la pratique n’est pas encore autorisée en France.

La mort surviendra… sauf si une hydratation et une nutrition de substitution sont apportées. La question qui se pose, dans l’hypothèse où la CEDH confirmerait l’arrêt du conseil d’État, est donc de savoir à quel degré de rigueur la décision sera appliquée. Si l’hôpital cesse les soins d’alimentation et d’hydratation, sera-t-il fait interdiction à toute autre personne, et en particulier à ses parents, de prodiguer de tels soins ?

Les proches peuvent mettre en place à domicile de tels soins de base, ou par la sonde actuellement employée, ou même par l’ingestion en très petites quantités d’une nourriture aisée à déglutir. C’est ce que propose de faire la mère de Vincent, en attendant son placement dans une des unités spécialisées dans l’accueil de ces malades, telle celle du docteur Jeanblanc, dans lesquelles on parle à ces patients, on les assoie, on les masse, et bien sûr on les nourrit. Les partisans de l’euthanasie de Vincent trouvent qu’il est déraisonnable de déployer autant d’efforts envers des malades qui ne réagissent pas, ou peu, à ces sollicitations. Ils ajoutent que sa mère s’obstine à le vouloir en vie quand son épouse a fait le deuil d’une vie qui ne valait plus d’être vécue.

Mais l’amour d’une mère pour son enfant est évidemment plus instinctif que celui d’une épouse! Est-il juste de reprocher à une mère de ne pas savoir tourner la page, comme le fait un conjoint ? Un conjoint peut cesser de l’être, une mère le demeure à jamais.

S’il s’agissait de mettre fin à ses souffrances, ce serait différent. En l’espèce, beaucoup de partisans de l’euthanasie de Vincent considèrent que la vie dans cet état doit être pour lui-même une cause de souffrances physiques et morales insupportables. Mais ni l’observation et les examens spécialisés de Vincent, ni les imageries cérébrales, ne permettent de le supposer et encore moins de l’affirmer.

Si Vincent ne souffre pas, pourquoi ne pas accéder à la requête de ses parents qui veulent s’occuper de lui, comme d’autres parents s’occupent des 1700 personnes vivant aujourd’hui en France dans le même état de conscience minimale? Ces gens-là sont-ils tous des fanatiques ou des intégristes ? Ou tout simplement des parents aimants qui assument un handicap irréversible ?

À défaut, et si la vie en état de conscience minimale est jugée comme ne devant pas se poursuivre, alors il faut cesser d’alimenter les 1700 anonymes qui sont dans le même état que Vincent Lambert.

C’est l’heure du choix et c’est l’heure de la cohérence.

Signataires:

Anne-Marie Morgand, mère de Philippe en état de conscience minimale.

Charles Beigbeder, entrepreneur et homme politique.

Dominique Lapierre, écrivain.

Erick Germain, Doyen honoraire de la faculté de droit de Lorraine.

Jean-Marie Andrès, président des Associations Familiales Catholiques.

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune.

Josette Bury, présidente AFTC Lorraine (Association de Familles de Traumatisés Crâniens).

Julie Graziani, porte-parole d’Ensemble Pour le Bien Commun.

Thibaud Collin, philosophe.

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita.

Xavier Ducrocq, neurologue en CHU (Nancy).

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