La France doit dénoncer la Convention européenne des droits de l’Homme.

Vincent Lambert

9 juin 2015 • Actualités, Points de vue • Vues: 3740

Interview donnée au magazine Famille Chrétienne. Lire l’entretien ici ou ci-dessous.

La décision de la CEDH confirme l’arrêt du Conseil d’Etat. En quoi cette décision vous scandalise ?

En validant la décision du Conseil d’État, la CEDH, par 12 voix contre 5, a estimé que l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielle de Vincent Lambert ne constitue pas une atteinte au droit à la vie garanti par l’article 2 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. C’est un non-sens ! Quand on sait qu’à l’origine, la CEDH a été fondée en réaction à la barbarie nazie qui avait pratiquée à grande échelle l’euthanasie des personnes handicapés, on reste confondu devant cette réintroduction sournoise, dans la légalité européenne, de la possibilité d’euthanasier une personne en état de conscience minimale. Comme le soulignent courageusement les cinq juges dissidents, cette décision « équivaut à un pas en arrière dans le degré de protection que la Convention et la Cour ont jusqu’ici offerte aux personnes vulnérables ».

Il y a un an, à l’issue de la décision du Conseil d’État, j’avais déjà mis en garde l’opinion publique sur l’imperfection de la loi Léonetti du 22 avril 2005, qui considère l’alimentation et l’hydratation comme un traitement médical et non comme un soin dû à tous, quel que soit l’état de santé du patient. Le père Brice de Malherbe, consulteur au Conseil Pontifical pour la Famille, l’a récemment rappelé, tout comme la Fondation Jérôme Lejeune qui a pointé du doigt ce problème dès la promulgation de la loi Léonetti. Le Conseil d’État, puis la CEDH, se sont malheureusement engouffrés dans la brèche ouverte.

Quelle pourrait être sa portée sur la législation en cours de révision et sur les mentalités ?

 Cette décision intervient alors que le Sénat doit examiner en séance publique les 16 et 17 juin le projet de loi voté par l’Assemblée nationale au mois de mars dernier qui institue l’euthanasie par sédation profonde. Je compte donc sur le courage des sénateurs pour s’opposer à une telle dérive. Il est, par ailleurs, évident que cet arrêt renforce partout en Europe la détermination des partisans de l’euthanasie. Désormais, n’importe quel médecin qui voudra faire mourir un patient pourra, en cas de contestation judiciaire, se prévaloir de l’arrêt de la CEDH pour justifier qu’il n’attente pas au droit à la vie de son patient. Je suis inquiet pour les 1 700 patients français qui sont dans un état similaire à celui de Vincent Lambert.

Au demeurant, dans le cas d’espèce, la décision de la CEDH est sans incidence sur la vie de Vincent Lambert car, comme l’explique l’avocat de ses parents, « conformément à la loi Léonetti, seul le médecin ayant pris la décision [de suspendre l’alimentation] peut la mettre à exécution. Le docteur Kariger ayant quitté le CHU de Reims il y a un an, sa décision d’arrêt de soins est désormais caduque et inapplicable ». Pour attenter à la vie de Vincent Lambert, il faudrait qu’un autre médecin prenne à nouveau une telle décision qui ne peut être légale qu’à la condition d’être collégiale. Or, les parents de Vincent Lambert ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à toute demande en ce sens, comme ils l’ont fait par le passé.

 Certains pays commencent à s’interroger sur le poids trop important pris par la CEDH en Europe. La France doit-elle la quitter ? Peut-elle la rappeler à ses fondamentaux ? 

 En 2010, pour célébrer son cinquantième anniversaire, la CEDH s’est auto-attribué pompeusement le titre de « conscience de l’Europe ». C’est malheureusement ce qu’elle aurait pu incarner si elle s’était référée au personnalisme (qui considère tout à l’aune du respect de la dignité de la personne humaine) ainsi qu’à l’identité chrétienne de notre continent. Or, force est de constater qu’elle s’enfonce dans un nihilisme qui la conduit à reconnaître toutes les dérives possibles (notamment concernant la libéralisation de la GPA) et à contredire les législations nationales au mépris de la souveraineté des États et du principe de subsidiarité. Avec l’affaire Vincent Lambert, la coupe est pleine : « nous regrettons que la Cour, avec cet arrêt, ait perdu le droit de porter le titre [de conscience de l’Europe] » affirment les cinq juges minoritaires. Comme le demandent un nombre de plus en plus croissant de personnalités de tous horizons, la France doit dénoncer la Convention européenne des droits de l’Homme, pour précisément protéger les droits de l’homme de leur déconstruction par une juridiction idéologique ayant perdu toute forme de légitimité morale.

 

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