Être un libérateur enraciné – Tribune publiée dans Le Figaro du 16/10/15

Enracinement

16 octobre 2015 • Actualités, Points de vue • Vues: 4223

Le Figaro 1Mieux vaudrait ne plus employer le terme de libéralisme tant son sens est dévoyé dans le langage courant. Le “libéral” est, en effet, souvent entendu comme celui qui prône une dérégulation totale de toutes les règles de vie en société, du code du travail jusqu’à l’interdiction de la GPA. Pour ma part, je préfère me définir comme un libérateur enraciné, c’est-à-dire une personne qui puise, au plan philosophique, sa vision de l’homme dans une anthropologie judéo-chrétienne et sa vision de la France dans la fidélité à son identité nationale, tout en souhaitant au plan politique le respect des libertés fondamentales sans lesquelles aucun État de droit n’est viable, et au plan économique la promotion de la liberté d’entreprendre sans laquelle aucune économie n’est prospère.

Au plan philosophique, je suis aux antipodes du libéralisme philosophique qui postule l’équivalence de tous les choix de vie, sans aucune hiérarchie de valeurs ni limite imposée à la démesure humaine, si ce n’est le respect de la liberté d’autrui énoncé par l’article 4 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Mais l’idée que l’on se fait de la gêne éprouvée par autrui est parfois très personnelle et subjective, et il est utopique de croire que l’on peut vivre sans gêner son voisin si l’on ne partage pas au préalable un même fonds commun civilisationnel. Comment expliquer en effet que certains éprouvent, dans notre pays, de la gêne devant une femme voilée de la tête aux pieds ou un homme portant djellaba et barbe longue ? Des personnes véhiculant un système totalement différent de valeurs et de coutumes n’auront jamais le même sens de ce qui peut nuire à autrui. En ce sens, le multiculturalisme actuel est fils de ce libéralisme philosophique qui porte en germe la destruction de toute identité nationale.

De plus, s’il est démocrate, un vrai “libéral” ne reconnaît aucune loi au-dessus de l’addition arithmétique des suffrages, ni celle tirée de la nature, ni celle léguée par l’histoire. Pour lui, la nation n’est plus un héritage à transmettre mais la simple photographie passagère de la réalité d’un moment, avec son cortège de volontés éphémères et son contrat social précaire. Bref, une société de marché où tout un chacun peut entrer et sortir librement. En témoignent les propos tenus par Alain Juppé au Grand jury RTL-Le Figaro le 4 octobre dernier, où le candidat à la Primaire affirmait que « la nation, ce sont des hommes et des femmes qui veulent vivre ensemble » sur un même territoire, sans mention d’une unité substantielle résultant d’une civilisation et une histoire communes qui forgent une culture, un tempérament et un esprit français.

Parce que je suis personnaliste et patriote, je rejette viscéralement tout libéralisme philosophique qui s’attache à détruire l’homme et la nation. En revanche, au plan politique, j’estime qu’il est fondamental de garantir les grandes libertés publiques (de presse, de réunion, d’expression et de religion) qui constituent l’ossature juridique des États modernes. Ce libéralisme politique, héritier de Chateaubriand, Tocqueville et Montalembert est le meilleur moyen de lutter contre la prétention totalitaire de l’État à embrigader les esprits et interdire toute opinion dissidente. Cela est d’autant plus important aujourd’hui, où l’on doit affronter une forme sournoise de dictature intellectuelle qui pourfend toute prise de position mal-pensante (Nadine Morano vient d’en faire les frais, Eric Zemmour, Michel Onfray et Alain Finkielkraut éprouvent quotidiennement ce genre de vindicte médiatique). Plus profondément, mon libéralisme politique s’enracine dans une vision de la personne qui considère que le domaine de la conscience est sacré. C’est pourquoi, je refuse la contrainte étatique au service de la vérité car je crois en la force intrinsèque de celle-ci, qui n’a pas besoin de leviers externes pour triompher, conformément au principe établi par la déclaration Dignitatis Humanae du concile Vatican II : « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité ».

Enfin, au plan économique, la seule loi qui vaille, c’est celle du marché qui constitue la règle de base des échanges économiques. Grâce à une saine émulation, la libre concurrence permet, en effet, d’obtenir le meilleur rapport qualité-prix et de lutter contre les monopoles et les rentes, qu’ils proviennent de l’État ou d’une trop grande concentration privée : « Le problème de la société capitaliste, ce n’est pas qu’il y a trop de capitalistes, c’est qu’il n’y en a pas assez » affirmait Chesterton. C’est donc un capitalisme entrepreneurial et à taille humaine que j’appelle de mes vœux. Ceci n’exclut pas une intervention étatique afin de garantir, par exemple, un salaire minimum décent, qui protège la dignité du travailleur ou pour sanctuariser le repos dominical, marqueur temporel fondamental de notre civilisation. Mais, en tout état de cause, cette intervention doit rester subsidiaire et constituer le dernier recours. Dans bien des cas, l’autorégulation suffit.

C’est donc en toute cohérence que je revendique un ancrage fort dans une vision de l’homme et de la nation qui s’articule tout naturellement avec une conviction profonde dans les vertus de l’entrepreneuriat. Notre société sera d’autant plus conquérante économiquement qu’elle sera enracinée philosophiquement et libre politiquement. Mon maître mot reste la liberté mais je préfère celle des enracinés à la folle démesure des libertaires.

 

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