La guerre sera culturelle, l’enracinement, notre leitmotiv !

FRANCE DOUBLE - Copie (2)

15 juin 2016 • Actualités, Points de vue • Vues: 1764

Tribune publiée par Charles Beigbeder et Benoît Dumoulin dans le magazine en ligne France au sujet de Charnellement de France et reproduite ci-dessous.

« C’est une tragique illusion que de vouloir faire coexister dans un même pays des communautés ayant des civilisations différentes. L’affrontement est alors inévitable. Les grands conflits ne sont pas des conflits de race, mais de croyance et de culture » avertissait Michel Poniatowski dans un écrit prémonitoire.

La situation actuelle ne peut que confirmer un tel diagnostic. Le multiculturalisme ne débouche pas sur l’identité heureuse comme le suggèrent certains, à droite comme à gauche. Il signe avant tout le délitement de la France en une myriade de communautés qui sont autant de menaces sur la cohésion nationale et font peser un risque sur l’avenir de notre pays en tant qu’État-nation. Revenir au stade féodal, qui préexistait avant l’édification des États-nations européens, serait, à coup sûr, une régression historique.

De plus, pour vivre en paix au sein d’une nation, il est nécessaire de partager un socle commun de valeurs qui s’ancrent en général dans un mode de vie et des mentalités similaires. Cela ne signifie pas qu’il faille une uniformisation des consciences ni une parfaite homogénéité des cultures ; la diversité peut même constituer une richesse à condition que l’on puisse transcender nos différences dans un fond commun qui s’enracine dans une même vision de l’homme, une même conception de la femme, un même rapport du sacré au profane et une identité de vue concernant la place de la raison et du travail dans la société. Faute de quoi, aucune harmonie sociale n’est possible.

Loin de tous ceux qui ne voient dans les tensions actuelles qu’un conflit ethnique en devenir, nous pensons, au contraire, que la principale ligne de fracture est d’ordre culturel, dans le sens le plus profond du terme, celui qui fait découler la culture d’un mode de vie, voire d’une spiritualité. Certains, quelles que soient leurs origines, adhèrent de tout leur être à la France éternelle, d’autres, qui en sont issus, ne cessent de la pourfendre et de la détruire de l’intérieur. Devant des enjeux d’une telle ampleur, il est vain de vouloir raisonner sur un mode ethnique alors que la menace s’origine dans les profondeurs de nos âmes.

Plus qu’un choc des civilisations au sens où l’entend Samuel Huntington, nous pensons qu’il y a, pour paraphraser François-Xavier Bellamy, tous les ingrédients d’un choc des incultures : d’un côté, l’Occident laïciste, qui ignore la dimension religieuse de l’homme et se complaît dans un matérialisme veule qui renie toute transcendance et tout sens du sacré ; de l’autre, un islamisme radical qui rejette tout discours rationnel et instrumentalise le sentiment religieux au service de l’asservissement des consciences.

L’un et l’autre semblent d’ailleurs se répondre par une forme de rivalité mimétique qui peut rapidement provoquer une montée aux extrêmes, au sens où l’entend René Girard. La Femen dépoitraillée et la femme intégralement voilée représentent ainsi deux visages types de ce nihilisme : l’une symbolise la folle volonté de déconstruire l’héritage judéo-chrétien tandis que l’autre incarne cet islamisme radical qui prospère sur les décombres d’une chrétienté ayant renié son identité.

Pire, l’islamophilie de certains intellectuels de gauche ne se justifie que par la haine qu’ils éprouvent à l’encontre de la civilisation chrétienne ; ce n’est pas l’islam qu’ils aiment, c’est le christianisme qu’ils détestent. Le sentiment religieux n’est, pour eux, acceptable que sous la forme de cet islamisme radical, violent et grossier qui légitime en retour un discours laïciste plaçant toutes les religions sur un même pied d’égalité pour mieux exclure le christianisme de la sphère publique. Détestant l’enracinement religieux de l’homme, ils en viennent à prôner son dévoiement sous la forme de l’islamisme radical pour mieux le combattre. Si la religion n’est que violence, alors le matérialisme a raison !

On ne sortira donc que par le haut de cette confrontation stérile entre islamisme et laïcisme. Plus encore que par des réformes, c’est en assumant dans tout notre être la profondeur de notre identité que nous pourrons tracer une voie de redressement pour notre pays. Puisque les mœurs deviennent politiques, soyons alors charnellement de France, par tous les pores de notre peau ! Nous appelons donc fermement de nos vœux ce réarmement spirituel et moral sans lequel toute réaction identitaire serait vaine.

Notre légèreté consiste à avoir cru régler la question culturelle au moyen d’une politique de la ville toujours plus dépensière et inadaptée aux défis posés, nous enfermant dans un économisme dont la droite peine toujours à sortir. Pour endiguer le djihadisme, il ne suffit pas de construire des stades de foot, d’organiser des camps de loisirs ou de créer des emplois d’animateur de quartiers. « De remède, il n’y en a qu’un : donner aux Français quelque chose à aimer. Et leur donner d’abord à aimer la France. Concevoir la réalité correspondant au nom de France de telle manière que, telle qu’elle est, dans sa vérité, elle puisse être aimée de toute son âme », écrit Simone Weil dans L’Enracinement.

Cela suppose de renoncer au matérialisme, au consumérisme et à tout ce que notre société peut comporter de mesquin et d’étriqué. Au-delà des moyens de vivre, la jeunesse réclame avant tout des raisons de vivre, et plus encore, des raisons de donner sa vie pour une cause qui la dépasse. Or, on a abandonné tout idéal d’excellence personnelle et de dépassement de soi, au profit du divertissement consumériste et du bien-être matériel. Quand elle ne trouve plus la sève de cet idéal dans les ressorts intérieurs d’une culture partagée, la jeunesse épanche alors sa soif d’absolu dans le nihilisme destructeur du sang versé et supprime la vie des autres au lieu de donner la sienne. Or, ce n’est que par le don de soi que l’on s’accomplit personnellement, et ce n’est qu’en redonnant le sens de l’idéal et le goût de l’aventure à une jeunesse désœuvrée que l’on pourra éveiller en elle les désirs les plus nobles.

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