Pour la mention des racines chrétiennes dans la Constitution !

Charles Beigbeder, candidate of Paris Libere, a right-wing dissident list for the municipal elections, poses on January 6, 2014 in Paris. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY / AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

16 juin 2016 • Actualités, Points de vue • Vues: 1241

Interview de Charles Beigbeder pour Aleteia, mise en ligne ici : (1) et (2), et reproduite ci-dessous, au sujet de Charnellement de France.

Pourquoi ce titre, « Charnellement de France » ? Est-ce une référence à Charette, qui affirmait « Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée, Pour nous, elle est une terre. Ils l’ont dans le cerveau; Nous, nous l’avons sous les pieds » ? Est-ce une façon d’aimer la France ?

Ce n’était pas en pensant à Charette mais à Péguy que nous avons conçu le titre de cet ouvrage mais il en aurait très bien pu être ainsi car ce qu’affirme Charette correspond tout à fait à notre conception de la nation. À la seule différence près que nous avons la France à la fois dans le cerveau et sous les pieds, nous l’aimons à la fois rationnellement et charnellement. Nous ne voulons pas opposer la raison aux sentiments. Mais, il est évident qu’en cette période d’affaiblissement du sentiment national, ce qui fait le plus défaut aujourd’hui, c’est cet amour charnel de la France. Respirer la France par tous les pores de sa peau signifie l’aimer dans sa chair comme dans son âme, la chérir pour ce qu’elle est, dans la beauté de ses paysages qui gardent l’empreinte des générations passées ou dans l’imaginaire qu’évoque en nos cœurs la mémoire de ses hauts faits. « L’amour de la France n’est pas seulement intellectuel et culturel, il est charnel » affirme à juste titre Natacha Polony.

Contrairement à beaucoup, de droite comme de gauche, qui considèrent que la crise que traverse actuellement la France est sociale, vous affirmez qu’elle est avant tout identitaire. Pourquoi ?

Je ne nie aucunement l’ampleur de la crise économique et sociale, notamment les ravages qu’elle provoque chez une partie de nos concitoyens qui basculent dans la précarité. Pour autant, je maintiens que la menace principale est d’un autre ordre et renvoie à des questions fondamentales : Qui sommes-nous ? Quel héritage voulons-nous transmettre aux nouvelles générations ? Comment nous positionner par rapport aux flux migratoires qui modifient en profondeur le visage de la France depuis quarante ans ? La droite qui a longtemps sombré dans l’économisme, par peur d’aborder ces thématiques, ne doit désormais plus se dérober. L’économie est importante mais elle ne concerne que le domaine de l’avoir. L’identité est beaucoup plus fondamentale car elle se rattache au domaine de l’être, à ce qui nous constitue en profondeur et qui est beaucoup plus fragile que l’avoir.

Comment se manifeste l’abandon de l’héritage judéo-chrétien, celui-là même qui a forgé notre identité ?

Il se traduit avant tout dans le discours, par exemple quand Pierre Moscovici affirme ne pas croire aux racines chrétiennes de l’Europe. Personne ne lui demande d’y croire et aucun acte de foi n’est requis à l’égard d’un fait historique qui relève de la simple évidence. Son propos est très révélateur d’un déni de notre identité émanant de toute une élite qui éprouve un profond dégoût pour notre histoire et souhaite que la France se perde dans des ensembles plus vastes tels que l’Europe ou le monde. C’est ce que nous appelons dans notre ouvrage « la haine de soi », qui conduit à une « tyrannie de la pénitence » pour reprendre l’expression de Pascal Bruckner. Ceci débouche logiquement sur une forme d’amnésie collective savamment entretenue par des idéologues pour qui il est préférable de parler des fêtes de fin d’année ou des vacances de printemps au lieu d’évoquer Noël ou Pâques. C’est presque psychiatrique de se renier à ce point !

Venons-en à ce que vous proposez concrètement pour la France. Quels sont les grands principes qu’il vous paraît indispensable de transmettre aux nouvelles générations ?

Nous estimons fondamental de pouvoir renouer le fil de notre histoire, rompu par les secousses de la Révolution française. On n’aura jamais fini de méditer sur les conséquences de la Révolution qui a ouvert dans l’histoire de France un cycle politique dans lequel nous sommes toujours inscrits, ce qui nous empêche d’apprécier l’évènement à sa juste mesure et d’en saisir les méfaits. « La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu’elle a appelé l’Ancien Régime, et comme l’avènement de la civilisation où nous vivons depuis » explique François Furet. Certes, tout n’est pas à rejeter dans l’héritage révolutionnaire mais on ne peut passer sous silence cette politique de la tabula rasa qui, par une démesure de l’esprit humain, estime nécessaire de rejeter, par principe, tout héritage des générations passées pour reconfigurer le réel à sa guise. C’est ainsi que plus de deux cents ans plus tard, nous en arrivons à considérer la France comme une page blanche sur laquelle n’importe quelle assemblée pourrait légiférer sans prendre en compte la densité du passé. L’incantation permanente des valeurs de la République n’y change rien ; ce sont des principes abstraits qui ne définissent pas ce que nous sommes. Nous en appelons donc à ré-enchanter la République en guérissant enfin des séquelles intellectuelles laissées par la Révolution française. Nous voulons réconcilier les Français avec eux-mêmes en les ré-enracinant dans leur histoire que nous considérons comme un tout ; en un mot, terminer le cycle politique ouvert par la Révolution sans pour autant revenir en arrière. C’est cela la philosophie de la République de France qui remplacerait dans mon projet politique l’actuelle République française. Au-delà du choc de la formule, on pourrait résumer le concept d’une expression : instituer une République enracinée.

C’est le modèle même de République qu’il convient en fait de refonder. D’un point de vue pratique, par où commencer ?

Nous commencerons par introduire les racines chrétiennes dans la Constitution. Certes, ce ne sont que des mots et il serait illusoire de croire que l’adjonction de termes puisse changer, à lui seul, le réel. Cela, seuls les dictateurs le pensent ! En revanche, nous estimons que cette affirmation des racines chrétiennes participe de cette thérapie que le peuple français doit effectuer pour retrouver l’estime de soi. Dans une France traversée par des tensions communautaires et qui connaît un décrochage culturel dans certains quartiers que j’appelle des zones de non-France, il est fondamental de s’enraciner dans l’identité qui nous a constitués. Par ailleurs, une telle inscription permettra d’être mieux armé pour lutter contre le communautarisme et de relancer l’assimilation sans laquelle il n’est plus d’unité nationale. En effet, si l’assimilation est en panne, c’est qu’il n’y a plus de volonté politique d’une part, et que l’on ne sait plus trop à quoi assimiler, d’autre part. L’enracinement sera donc la clé de toute politique de francisation, selon l’antique adage : « A Rome, fais comme les Romains ! ». Enfin, la reconnaissance des racines chrétiennes permettra de fonder en droit la prééminence du fait culturel chrétien tout en considérant les religions à parité sur le plan strictement cultuel. Ce n’est pas une affaire de religion mais de culture et les Français de sensibilité musulmane le comprennent souvent mieux que certains Français d’origine. Chaque culte doit évidemment être traité sur un même pied d’égalité mais il va de soi que vous ne pouvez donner la même place symbolique à la mosquée qu’à l’église. Nulle discrimination dans cette affirmation mais la simple prise en compte de notre identité. En effet, ce qui symbolise un village français aujourd’hui, c’est un clocher roman ou gothique et non un minaret. Cela, tous les Français sont prêts à le reconnaître, même ceux qui ne mettent pas les pieds dans une église. Il n’est donc pas possible de considérer également christianisme et islam sous l’angle culturel. C’est ce que nous voudrions voir graver dans le marbre de la constitution.

Vous avancez également que nous avons fait fausse route concernant la laïcité. Eradiquer toute manifestation religieuse de l’espace public, n’est-ce pas cette laïcité folle, héritée de la Révolution française, qui est à l’origine de bien des maux ? Comment y remédier ?

La laïcité est la distinction du temporel et du spirituel, du domaine de César et de celui de Dieu, qui est une invention du christianisme. Dans les régimes modernes, elle s’accompagne souvent – mais pas obligatoirement – de la neutralité religieuse de l’État, comme c’est le cas en France depuis 1905. Ailleurs, il existe encore des États confessionnels, comme en Grande-Bretagne, à Malte ou à Monaco. Ces derniers sont tout aussi laïcs que les premiers car ils distinguent les activités religieuses des affaires profanes et reconnaissent à tous les cultes la liberté de conscience. Le problème surgit en fait lorsque l’État, souvent aidé par des lobbys, tente d’imposer la neutralité à la société. Que l’État soit neutre religieusement peut résulter d’un compromis historique qui s’avère finalement positif pour l’équilibre social d’une nation, comme c’est le cas en France depuis 1905 ; mais qu’il prétende imposer cette neutralité à la société relève d’un génocide culturel qui gomme notre histoire et traduit une grave erreur anthropologique en évacuant la dimension religieuse de l’homme. À ce stade, il ne s’agit plus de laïcité mais de laïcisme, c’est-à-dire de la civilisation du vide qui débouche malheureusement sur le vide de la civilisation. Pour reprendre l’exemple que nous citions tout à l’heure, une laïcité mal comprise pourrait en venir à décréter l’interdiction de toute sonnerie des cloches pour mieux s’opposer à l’édification de minarets, par une forme de symétrie mal placée. Au final, il ne resterait dans nos villes que des centres commerciaux avec leurs inévitables fast food, symboles d’une société de consommation à la dérive qui ne peut satisfaire les exigences spirituelles de l’homme. Là encore, la République de France pourra faire prévaloir la culture chrétienne tout en traitant dignement et également chaque culte.

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