Nous réfléchissons à la création d’un fonds agricole mondial

Les ECHOS

21 juin 2016 • Actualités • Vues: 498

Interview de Charles Beigbeder dans Les Echos du 21 juin 2016, au sujet d’AgroGeneration, entreprise de culture de céréales et oléagineux qui exploite 120 000 hectares en Ukraine.

AgroGeneration a-t-il cherché à investir dans des terres situées en France ?

Nous avions regardé deux ou trois exploitations agricoles dans la Somme, car nous pensions qu’il était intéressant d’avoir 1.000 hectares. C’était davantage pour inviter nos investisseurs, nos actionnaires à intervenir en France plutôt qu’à Kiev. Mais les grandes propriétés sont rarissimes et elles valent une fortune. Il y a peut-être seulement une vingtaine de propriétés de plus de 1.000 hectares sur le territoire français. AgroGeneration voulait cultiver et produire des céréales et des oléagineux à grande échelle, mutualiser les investissements machinistes. La France ne s’y prêtait donc absolument pas.

Pourquoi avoir choisi l’Ukraine, où les terres ne s’achètent pas ?

Après la chute de l’Union soviétique, des millions d’hectares étaient à l’abandon ou sous-cultivés. Nous avons repris d’anciens kolkhozes, ce qui nous a aussi permis de concentrer des capitaux. Nous louons les terres et ne sommes propriétaires que des bâtiments. Mais nous avons un droit de préemption et, si la loi agraire venait à être votée, nous serions consultés. Acheter ne serait pas forcément un mauvais investissement, mais il s’agirait d’un investissement foncier. On pourrait acheter un certain prix et vingt ans plus tard revendre beaucoup plus. Mais c’est loin d’être sûr.

Vous voyez-vous investir ailleurs ?

Sur le long terme, le déficit alimentaire mondial est présent. En tant qu’actionnaire, je réfléchis – avec d’autres investisseurs – à la création d’un fonds agricole mondial qui investirait dans différentes zones géographiques : le Royaume-Uni, l’Argentine, le Kazakhstan, l’Australie, par exemple. Le fonds, qui est axé sur la production agricole, pourrait avoir une dizaine de participations dans des entreprises hyperperformantes.

Est-ce le bon moment ?

Oui, nous sommes au creux de la vague. C’est une thématique qui peut séduire les investisseurs. J’ai déjà rencontré des investisseurs chinois, britanniques.

Pourquoi des investisseurs chinois achètent-ils des terres agricoles françaises ?

Ils sont dans une logique d’acquisition des actifs réels dans un grand pays occidental, très robuste et qui protège la propriété. Un peu comme les gens qui achètent de l’or. Il s’agit de sécuriser ses capitaux. Quant à dire que l’autonomie alimentaire de la France est menacée, c’est ridicule !

Les Echos, Jacques Muryel.

 

 

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