J’ai un attachement charnel à la France (Valeurs actuelles)

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5 août 2016 • Actualités • Vues: 958

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Interview de Charles Beigbeder dans Valeurs actuelles du 5 août 2016.

Votre mouvement Avant-Garde est force de proposition auprès des futurs candidats à la présidentielle… Quelles sont les premières actions qui s’imposent pour redresser la France ?

Pour renouer avec la croissance, il faut rétablir la confiance. Et pour sortir de la défiance, il faut traiter en priorité le sujet culturel et identitaire. Actuellement, une très grande majorité de Français, au-delà du chômage et des préoccupations économiques, sont déstabilisés dans leur quotidien. La perte de repère s’accélère, les tensions communautaristes et l’islamisme radical se développent.

Face à cela, il convient d’abord et sans attendre d’inscrire les racines chrétiennes de la France dans la Constitution afin de donner une force de droit au principe juridique : « A Rome fais comme les Romains ». Nous avons une culture, une histoire, une langue, il faut la transmettre. Or elle ne l’a pas été depuis 40 ans.

Comment expliquez-vous que ces racines chrétiennes soient rejetées ?

La culture chrétienne remonte à XV siècles. Aucune civilisation ou religion n’a imprégné un territoire géographique aussi important pendant si longtemps. Même l’empire romain d’Occident n’a duré que cinq siècles ! Il faut faire preuve de pédagogie : la France est multi-ethnique et multi-religieuse. En revanche elle n’est pas multiculturelle et n’a pas vocation à le devenir. Il y a une confusion de fond : parce que notre Nation est composée de Français de différentes origines, la France devrait être multiculturelle. On n’ose pas revendiquer cet héritage chrétien, cette prééminence du fait culturel chrétien dont tout le monde a pourtant l’intuition.

Pourquoi n’y a-t-il pas de minaret dans nos villages ? Parce qu’il y a des clochers. Il faut comprendre et conserver l’héritage de centaines de générations qui ont fait la France. Comme le disait Simone Weil, il faut donner quelque chose à aimer aux Français et tout d’abord leur donner à aimer la France.

Cela passe par l’éducation à l’école…

Les Anglais aiment leur pays, ils en sont fiers. A contrario, les Français sont dans la haine de soi. L’éducation nationale y a fortement contribué: l’Histoire de France telle qu’enseignée aujourd’hui, c’est l’inquisition, la colonisation et l’occupation. Il faut sortir de ce triptyque infernal. Pour faire aimer l’histoire de la France aux Français, il faut s’assumer entièrement, avec ses quinze siècles d’histoire chrétienne et pas uniquement les deux siècles qui nous séparent de la Révolution. A entendre certains hommes politiques, on a l’impression que l’Histoire de France a commencé en 1905 ! Pour réconcilier les Français, il faut accepter nos racines.

Mais alors la laïcité …

Ces racines permettent justement de clarifier la définition de la laïcité. Ce n’est pas une notion intransigeante et sectaire qui consiste à interdire l’expression du fait religieux dans l’espace public. C’est une utopie qui nierait la dimension spirituelle de l’homme, la soif de religieux que chacun peut avoir. La laïcité apaisée n’est autre que la neutralité de l’Etat vis-à-vis du religieux.

Des mesures sociales et économiques s’imposent également…

Il faut s’attaquer au volet frontière-justice-sécurité : rétablir l’autorité de l’Etat. Concrètement, pendant une période transitoire, face aux faiblesses de l’Europe, il faut rétablir le contrôle des frontières nationales… à nos frontières nationales. Et faire respecter l’état de droit : construire des places de prison, faire purger les peines, remettre en ordre les territoires perdus de la République, pouvoir envoyer l’armée dans les zones de non-droit. Dans certains territoires de notre République, ce n’est pas l’état d’urgence mais l’état de siège qu’il faudrait décréter.

Il y a également le volet économique. Depuis dix ans, je suis favorable à l’instauration de la flat-tax, c’est-à-dire l’impôt proportionnel, à taux unique, sur les ménages et sur les entreprises.

Il existe déjà pour les entreprises…

Oui sauf que l’IS est de 36% ! Je suggère un taux unique de 15 % et, en contrepartie pour que les recettes de l’Etat restent stables, que les niches fiscales qui coutent une fortune – 20 milliards rien que pour les entreprises – soient supprimées. Cette mesure permettrait à la France de devenir un des pays de l’OCDE les plus attractifs pour les entreprises.

De même, un taux de 15 % devrait s’appliquer aux ménages sur tous les revenus. Là aussi, les niches fiscales (près de 40 milliards) doivent être supprimées. Le système actuel, avec un impôt hyper-progressif, mité de niches fiscales, est très mal perçu par la population. L’instauration d’une flat-tax permettrait de modifier le rapport des Français à l’impôt. L’exemple de la Russie avec une tax-flat à 13% est probant.

Que reprochez-vous le plus à François Hollande ?

La loi Taubira est ce qu’il a fait de pire. Vouloir modifier notre bon vieux code civil pour créer un mariage pour les personnes homosexuelles avec la possibilité de filiation et d’adoption plénière qui mènera inévitablement vers le GPA et la PMA à travers la cour européenne des droits de l’homme est un traumatisme. François Hollande a braqué une partie du peuple en méprisant trois millions de personnes. Mais il a aussi provoqué le printemps des consciences en réveillant toute une partie du peuple de droite.

Le gouvernement porte également son lot de responsabilité sur l’économie…

L’alignement de la fiscalité des revenus financiers sur celle des revenus salariaux constitue une erreur énorme : l’épargne a déjà payé l’impôt au moment de sa constitution, sur les salaires ou droits de succession ! Que ces capitaux qui permettent ensuite d’investir et de préparer l’avenir payent encore une fiscalité très élevée est inepte.

La fiscalité française, avec l’imposition sur les dividendes, est confiscatoire. Elle contraint les entrepreneurs à autolimiter leurs investissements, leurs dépenses courantes. Cela se traduit par une baisse de la consommation et de la croissance. Economiquement parlant, quand la population la plus dynamique d’un pays appuie sur la pédale de frein, cela se traduit par moins de croissance, moins d’emploi, moins de rénovation… Avec cette fiscalité, la France s’est tiré une balle dans le pied.

Selftrade, Poweo, Agrogeneration, Audacia, La Compagnie… Vous avez créé une dizaine d’entreprises en France. N’avez-vous jamais été tenté par l’exil fiscal ?

Non. J’ai un attachement charnel à la France. Et je n’aimerais pas me faire dicter mon lieu de vie par des considérations fiscales. Je le pense d’autant plus que je bénéficie de l’exemption de l’outil de travail. Je ne paie quasiment pas d’ISF sur Gravitation, qui est l’actionnaire principal d’Audacia, et je ne me verse pas de dividendes.

Etes-vous inquiet par l’environnement obligataire ?

Les taux sont au plus-bas. L’Allemagne emprunte à dix ans à taux négatif ! Cela va finir par impacter l’assurance-vie française qui est l’essentiel de l’épargne des Français. Le taux de rendement va baisser et commencera à générer une certaine irritation chez les épargnants.

Mais cela peut aussi générer des opportunités. Il est temps de créer des produits d’épargne de long terme intelligents avec une sécurité forte pour l’épargnant et un rendement satisfaisant.

Audacia propose au grand public d’investir dans des placements PME qui permettent d’obtenir une réduction d’ISF. Que deviendra votre entreprise si l’ISF est supprimé l’an prochain ?

Audacia propose un produit « PME familiales » très peu risqué qui plait énormément : il permet aux clients d’obtenir une réduction d’ISF à l’entrée et récupérer leur capital à la sortie avec une plus-value en fonction des millésimes. Nous faisons ce métier depuis dix ans et en 2016, Audacia a investi 115 millions d’euros.

Je ne suis pas inquiet par une possible suppression de l’ISF car les pouvoirs publics, conscients que 1,5 milliards sont ainsi dirigés vers les PME françaises, y substitueront un mécanisme de réduction d’impôt sur le revenu, comme cela existait autrefois (avec la loi Madelin) et qui, du fait de l’existence du dispositif ISF – PME, a été plus ou moins éteint. Il pourra être amené à reprendre de l’ampleur.

Quels ont été vos dernières opérations ?

Chez Audacia, nous avons créé une holding d’investissement, Constellation, qui représente une dizaine de millions et permet d’investir au-delà des contraintes de l’ISF-PME. Par ailleurs, nous avons aussi réalisé deux investissements à travers Gravitation : le premier dans Navya, une entreprise fondée par Christophe Sapet avec l’aide de Bruno Bonnell, spécialisée dans des navettes électriques sans pilote. Ces véhicules ont déjà été vendus à EDF, la Poste suisse ainsi qu’à une région australienne. Notre second investissement est une prise de participation dans Dronelis, un opérateur de services de drone basé à Nantes.

Vous co-présidez la Compagnie, une offre low cost Affaires entre Paris, Londres et New York? Que va changer le Brexit pour cette entreprise ?

Les liaisons Paris-New York et Londres-New York sont les deux lignes les plus fréquentées au monde. Notre jeune compagnie aérienne tangente l’équilibre sur Paris toutes charges comprises à peine deux ans après sa création. La baisse du kérosène nous a bien évidemment aidés. Le taux de remplissage des avions est proche de 85 % depuis Paris et de 65 % depuis Londres. Nous avons sûrement sous-estimé la pression concurrentielle des grandes compagnies transatlantiques outre-Manche. Ce qui explique que le billet Londres-New York est vendu moins cher qu’un Paris-New York. Et cela nous pose un problème.

Le Brexit pose un nouveau problème : si l’Angleterre sort de l’UE, non seulement les accords internationaux seraient remis en cause, mais surtout, la baisse de la livre sterling rendra nos offres encore moins compétitives pour la clientèle britannique. Il faudra être bon gestionnaire et savoir arbitrer en fonction des résultats.

Le choix des Britanniques de sortir de l’Union européenne vous a-t-il surpris ?

Le Brexit était clairement un enjeu de politique interne, il a révélé les discordes entre Boris Johnson et David Cameron. Ce référendum a sanctionné les dysfonctionnements de l’Union européenne qui deviennent patents et qui rendent les populations très sceptiques. La question de l’identité a été au cœur du Brexit même si les Britanniques ont su préserver leur fierté nationale à travers la reine, le football et les pubs !

Quelles conséquences économiques du Brexit attendez-vous ?

Le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale, la deuxième économie européenne… Je ne comprends pas que les Présidents Hollande et Juncker veuillent brusquer la sortie du pays. C’est ne pas connaître la psychologie britannique : plus ils agissent ainsi, plus les Anglais prendront leur temps. Il faut donner du temps au temps. A terme, il y aura sans doute un accord d’association de type libre-échange, ou le Royaume Uni pourrait rejoindre l’espace économique européen. Le Brexit va gêner les entreprises françaises exportatrices qui sont face à des concurrents britanniques agressifs ou qui réalisent une part- importante de leurs recettes en livres.

Pensez-vous que le Brexit puisse remettre en cause la croissance française ?

La prévision de croissance est seulement de 1,6 % ! Je pense que les grèves et la situation chaotique qu’a connue la France au printemps ainsi que l’effet attentat dans le secteur du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration affecteront plus cette faible croissance que le Brexit.

Finalement est-ce une chance pour la France ?

Il semble qu’il y ait déjà quelques résidents anglais qui commencent à investir dans l’immobilier parisien. Pour les professionnels de l’immobilier, c’est une belle opportunité mais cela risque de renchérir le prix du mètre carré. C’est une mauvaise nouvelle pour les acquéreurs.

Vient ensuite la question de l’industrie financière. Paris pourra t-elle bénéficier du retour de certaines banques, de grandes salles de marché ? Je le pense : la capitale a tout pour les accueillir. Ce retour pourrait marquer la fin du repli de la place financière de Paris qui a été une très grande place au début du siècle dernier jusque dans les années 30. Le Brexit pourrait marquer un redémarrage de notre place financière.

De nombreux Français dans la City sont parmi les meilleurs traders et analystes financiers au monde. Revenir au pays ne leur déplairait pas à condition que le gouvernement sache les accueillir, avec notamment un régime des impatriés attractif. En parallèle, le gouvernement doit revoir la fiscalité des revenus financiers. Mais je crains qu’il ne faille attendre 2017…

Propos recueillis par Marie de Greef-Madelin, Frédéric Paya et Agnès Pinard Legry

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