Un plan Marshall pour la France périphérique (Le Figaro, 23/01/2017)

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23 janvier 2017 • Actualités, Points de vue • Vues: 948

Tribune publiée dans Le Figaro du 23 janvier 2017 et accessible ici :

« La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale. Certes, tout n’y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens » estimait Jacques Chirac qui avait fait de la fracture sociale son thème privilégié de campagne en 1995. L’ancien Président déplorait la fin du modèle social français qui reposait sur la méritocratie et l’égalité des chances. « Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la nation supporte la charge. La “machine France” ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français ».

Plus de vingt ans après, qu’en est-il ? En banlieue, des milliards ont été déversés, des « plans banlieues » se sont succédé à grand renfort de communication mais pour des résultats extrêmement limités, puisque l’Observatoire national de la politique de la ville a lui-même pointé du doigt en 2015 l’inefficacité des politiques menées depuis 10 ans, qui ont coûté 50 Mds€ sans permettre aucune amélioration notable. Preuve que le problème des banlieues n’est pas d’abord d’ordre économique.

En revanche, qu’a-t-on entrepris pour la France périphérique, qui correspond, selon le géographe Christophe Guilluy, aux villes moyennes de province et aux campagnes enclavées ? Véritables perdantes de la mondialisation, elles restent aussi les laissées-pour-compte des politiques publiques des quarante dernières années et tendent à décrocher sur tous les plans.

Dans ces territoires, les centres-villes se vident de leurs commerces, les services publics sont en déshérence, la fracture numérique se creuse, l’accès aux soins devient de plus en plus compliqué et l’éducation est particulièrement sinistrée, comme le relève un récent rapport du Conseil économique social et environnemental (CESE) publié le 10 janvier 2017. Sans parler des délocalisations.

Les études abondent sur le sujet mais les décisions politiques restent éminemment rares. Selon le rapport sur la revitalisation commerciale des centres-villes, publié en octobre 2016 par l’Inspection générale des finances (IGF) et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), plus de la moitié des centres-villes des villes moyennes avait un taux de commerces vides supérieur à 10 % en 2015. Dans les centres anciens, les rues aux façades historiques sont désertées au profit de centres commerciaux d’une profonde laideur, construits en périphérie et où l’on trouve les rares commerces encore en activité. Une vie artificielle se crée ainsi en dehors de la ville réelle, pour le plus grand malheur de tous.

À terme, si rien n’est entrepris, c’est une part éminente de l’âme française qui périra, emportant dans son flot plus de la moitié de la population française, qui connaîtra dès lors exode rural, précarité sociale et déracinement culturel, et à qui l’on proposera comme seul expédient de percevoir un revenu universel.

Devant un tel défi, c’est une politique globale de revitalisation qui doit être conduite, conjuguant éducation, emploi, tourisme, services publics, santé, urbanisme et aménagement du territoire. C’est un véritable plan Marshall pour la France périphérique que j’appelle de mes vœux.

Dans ces territoires, les ressources entrepreneuriales ne manquent pas. Certains fleurons artisanaux sont la fierté locale : maroquinerie Renouard à Plancoët, selleries de Nontron en Dordogne, maison Dubernet dans le Sud-Ouest ou savonnerie Le Chatelard en Provence. Pour revitaliser en profondeur  ces régions, il faudrait favoriser l’implantation à grande échelle d’entreprises d’excellence de ce type.

En guise de première mesure, je propose l’instauration d’un dispositif d’exonération fiscale et sociale pour les entreprises nouvelles décidant de s’installer dans la France périphérique. À deux conditions toutefois : qu’elles incarnent par leur savoir-faire artisanal l’excellence française ou par leur histoire l’identité d’un territoire, et qu’elles consacrent une part de leurs activités à l’innovation.

Un dispositif analogue à celui des Jeunes entreprises innovantes (JEI) qui bénéficient déjà d’une exonération partielle ou totale de certaines charges sociales et fiscales, au cours des premières années suivant leur création, lorsque plus de 15% de leurs dépenses s’effectuent en R&D.

Comment plaider une telle dérogation au principe de libre concurrence auprès de la Commission européenne ? En arguant d’abord que l’aide serait ponctuelle dans le temps et non pérenne, liée à une situation particulière. Et que centrée sur les entreprises incarnant l’excellence française ou l’identité d’un territoire, elle pourrait s’apparenter à une transposition du dispositif régissant la culture française (spectacle, cinéma, théâtre, etc…). Dans ce domaine, l’État peut s’affranchir du principe de libre concurrence au nom de l’exception culturelle française, afin de défendre notre culture. Après tout, les entreprises incarnant l’excellence française ou l’identité d’un territoire ne relèvent-elles pas aussi de notre culture ?

Il y a urgence. Sans attendre un nécessaire rééquilibrage des prélèvements obligatoires qui entravent aujourd’hui toutes les entreprises françaises, il est indispensable d’instaurer un dispositif spécifique pour la France périphérique. L’enjeu est de taille car il concerne la survie de nos territoires et la préservation de notre identité économique et culturelle. Quel candidat à la Présidentielle retiendra cette proposition ?

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5 Responses to Un plan Marshall pour la France périphérique (Le Figaro, 23/01/2017)

  1. Francis dit :

    Bonjour,

    En général je suis d’accord avec les propositions ou constats de Ch. Beigbeder, mais pas dans ce cas.
    Faire des plans ad-hoc pour des populations ciblés ne marche pas. On a eu déjà de nombreux exemples: banlieues, secteurs industriels (textile, construction navale, sidérurgie….). L’immobilier est un exemple éclatant: une loi Pinel et une loi Duflot en même temps. Stop à la micro politique, à l’empilement des mesures contradictoires.
    C’est le cadre général qu’il faut changer: fiscalité, éducation, immigration, réintroduire le respect du bien commun, de la nation et de ses représentants, couper les les aller-retours trop faciles entre fonctions publiques et mandats politiques…
    Quand la machine marche, tout le monde en bénéficie. Alors et seulement alors, des coups de pouce pour récupérer le retard de certaines populations ciblées peuvent marcher. Mais un plan Marshall pour tel ou tel secteur ou zone géographique dans un contexte moribond est voué à l’échec. Et en plus ça ressemble à du clientélisme électoral.

  2. Daoust dit :

    On découvre qu’il existe une France périphérique

    Avec les mauvais pauvres dont personne ne parle. Ils ne font pas brûler les voitures ils se suicident en se pendant dans leurs grange.

    Plan Marshall! Il existe une diagonale verte qui va de la Lorraine à la Charente..

    Isolée enclavée densité de population < 20h/km carré

    Pas assez de votants pour intéresser les politiques..

    Sans grandes infrastructures les entreprises ne s'y intéressent pas

    Commençons par déclarer des zones franches

    Plus de services publics il faut faire parfois 50 kms pour voir un spécialiste médical

    Moi j'attends ce plan Marshall!!! Chiche!

  3. blum dit :

    Bonjour, Monsieur!
    Et merci pour l’envoi de votre article.
    Votre titre a, d’emblée, attiré mon attention. dans mon esprit, la ” France périphérique” évoquait le sort des Amérindiens de Guyane, Français, oubliés par tous les responsables politiques, et dont les derniers survivants subsistent, clochardisés.
    Mais votre expression renvoie à une tout autre réalité.
    je l’ai découverte, au hasard de mes recherches, alors que j’étais étudiante en ethnologie, début années 7O.
    L’on m’envoya dans les Monts d’Arrée, en vue de rédiger un mémoire sur l’EXODE RURAL.
    Qu’ai-je découvert? De petits villages , groupés autour de leur petite église, et de leur petit cimetière. Quelle quiétude! Je fus accueillie par un petit groupe de vieillards édentés, portant une casquette plate, les mains nouées autour de leur canne.
    ces hommes étaient économes de paroles. Tous avaient fait la guerre. Leurs fils avaient fait celle d’Algérie. Un certain nombre y avaient laissé la vie.
    Mes interlocuteurs, de retour au pays, avaient repris le travail de la terre, de la ferme. Dur labeur; peu de revenus.
    Enfants et petits enfants étaient partis à la ville.
    Qui s’inquiétait, alors, de l’exode rural qui rendait nos campagnes exsangues?
    Aujourd’hui, lle phénomène a gangrné la France entière, Monsieur, et le Plan Marshall que vous envisagez, pour la France dite “périphérique”, concerne notre pays tout entier.
    La jeunesse de France s’expatrie MASSIVEMENT.
    Les deux dernières présidences auront été fatales aux jeunes entrepreneurs.
    Ce jour, j’apprends, au flash info de 13 h, sur Radio classique, que WHIRLPOOL, va mettre au chômage 450 employés, pour délocaliser en Pologne.
    Cela signifie que, pour les Américains, il vaut mieux investir dans un pays européen à bas coût, plutôt qu’en Chine, par exemple, ou au Pakistan miné par les attentats djihadistes.
    La France étant devenue une proie pour l’islam conquérant, et n’offrant pas de réelle résistance, n’est plus très attirante. La fiscalité sur les entreprises est carrément rebutante.
    Les milliards déversés dans les plans-banlieues sont un tonneau des Danaïdes, ainsi que vous le rappelez, ne correspondant à aucune vision poltique pour le pays, mais à des considérations clientélistes.
    Sans une politique résolue, de patriotisme économique, ( passant par une éducation digne de ce nom), une volonté de transmission des savoir-faire— le compagnonnage en ferait partie—, des incitations fiscales intelligentes aux entreprises qui investissent en France, j’imagine mal l’avenir de notre pays.
    L’inepte ( et faussement humaniste) revenu universel ne saurait être retenu comme remède, par le prochain Chef de l’Etat.
    Il est impensable de fabriquer des serfs, en France.
    Enfin, j’ai vu, au printemps dernier, lors d’une bourse des minéraux qui se tenait à Sainte Marie-aux-Mines ( Alsace), une charmante petite ville qui avait vécu de l’industrie , jusqu’aux années 9O, revivre, le temps de trois jours!
    Des bénévoles, retraités, s’employaient, une bonne partie de l’année, à la réussite de cet événement qui sortait Ste Marie de sa torpeur.
    Je crois qu’il faudrait repenser le rôle des associations, du bénévolat: il y a des emplois à créer. L’argent distribué, larga manu aux associations, pourrait être utilisé ( à commencer par Paris!) pour créer du travail rémunéré, comme il convient, à un pays qui ne se résigne pas au déclin.

  4. blum dit :

    Monsieur,
    ( et sans me répondre à moi-même)
    Les cauchemardesques informations tombant, ces derniers jours, touchant F. Fillon, élu de la fâcheuse primaire de la droite, donnent à penser que l’opposition ( qui ne se présentait plus que comme ” l’alternance”, concept peu ambitieux) est très mal engagée.
    La délation des médias préposés à cet office, épargne complètement les corrompus ( nombreux) de gauche.
    Pour être brève, je suis convaincue, pour vous avoir entendu vous exprimer, quelquefois, sur des plateaux de chaïnes d’information, en tant qu’entrepreneur — et homme politique chrétien, qui ne tremble pas d’affirmer son patriotisme—, que, si M. Fillon se retirait , pour cause de manque d’intégrité, vous devriez vous présenter , incarnant parfaitement la France que beaucoup de Français,, j’en suis certaine, aspirent à retrouver, et pour le redressement de laquelle ils sont prêts à se mobiliser, chacun selon ses capacités.
    Je vous prie d’agréer, Monsieur, mes bonnes salutations. D.B.

  5. Charles Beigbeder dit :

    Chère madame, un grand merci pour votre mot qui me va droit au cœur. Cependant, je ne crois pas que ma vocation soit de me présenter au suffrage des Français aujourd’hui. Toutefois, je souhaite que mes idées soient relayées par les hommes politiques de premier plan et puissent triompher sur le long terme. C’est le travail que je mène au sein de l’Avant-Garde. Je crois beaucoup au combat culturel pour la renaissance de notre pays. Bien cordialement, Charles Beigbeder

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