Chacun est seul responsable de tous

Antoine de Saint-Exupéry

24 avril 2013 • Points de vue • Vues: 1155

Je ne connaissais pas cette belle citation d’Antoine de Saint-Exupéry. Elle est tirée d’une des plus grandes œuvres de l’écrivain aviateur, “Pilote de guerre”, écrite aux Etats-Unis en 1940-1941 et publiée en 1942, où elle connut un immense succès. Il s’agit d’une fresque où Saint-Exupéry enjoint à ses compatriotes de refuser la défaite et de se dépasser pour le triomphe des valeurs occidentales.

13/12/2011 | 09:34

Il est troublant de lire aujourd’hui ce magnifique texte. Soixante-dix ans plus tard, les mots de Saint-Exupéry résonnent étrangement, ainsi cette citation choisie par les étudiants dans le cadre du prix du meilleur juriste d’affaires : « Chacun est seul responsable de tous. »

Gardons-nous de voir de façon caricaturale dans nos errements économiques, sociaux actuels une répétition de cette époque terrible de l’avant-guerre, mais force est de reconnaître certaines similitudes tout au moins dans le comportement de nos pouvoirs publics.

Lorsque l’Allemagne nazie accélère son réarmement et reconvertit son industrie à des fins militaires, de nombreuses voix, dont un certain colonel de Gaulle, dressent le bon diagnostic et formulent des solutions face à ce défi vital. Le futur général n’hésite pas à publier et à faire le siège des autorités de l’époque, soulignant l’urgence de renforcer notre arme blindée et notre aviation. On l’écoute. On reconnaît la pertinence de ses recommandations. Mais aucune décision concrète n’est prise à temps et les décrets-lois de Paul Reynaud fin 1938 arrivent bien trop tard.

« Chacun est seul responsable de tous. » Voilà qui peut s’appliquer à bien des domaines. Au moment où le gouvernement français s’apprête à transformer radicalement l’institution du mariage au nom d’une pseudomodernité et d’une dégénérescence de l’Egalité en Identité, le combat des opposants à cette loi en est l’illustration. Plus que jamais, le principe de responsabilité de tous doit nourrir les choix sociétaux.

Une autre en serait l’éducation de nos enfants, où une proportion de 20 % de chaque génération d’élèves entrant en sixième est illettrée, avec ses conséquences dramatiques.

Mais c’est en matière économique et sociale que je souhaite en souligner le caractère engageant.

Les marges des entreprises manufacturières sont au plus bas historique depuis 1950. La défiance est partout. Avec ses conséquences sur la croissance et l’emploi. Certes, le monde connaît un tassement de sa croissance, et l’Europe en particulier. Mais la France connaît une crise dans la crise. Comme avant-guerre sur le défi du réarmement, les rapports des experts ou des institutions spécialisées s’empilent sur les bureaux des Premiers ministres depuis quinze ans sans que les préconisations soient suivies d’effet. On en débat, on convient de l’urgence. Il existe un vrai consensus sur le diagnostic : d’une part, une surdépense publique structurelle de 6 % du PIB financée par une surfiscalité sur les entreprises et, d’autre part, un marché du travail extrêmement rigide avec son chômage résultant. Après trente années de vie à crédit et d’assistanat, il est grand temps de repenser le périmètre de l’Etat, de recouvrer notre souveraineté budgétaire et le principe de responsabilité droits-devoirs. Mais pourtant, comme le dit Philippe Nemo (1), « rien ne se passe : chaque acteur a plus à perdre dans l’immédiat qu’à gagner dans le futur ».

Saint-Exupéry nous rappelle qu’il est de notre devoir d’agir, chacun à notre échelle, de dire la vérité sur les réformes à mener et, partout où cela est possible, de s’engager dans la vie publique pour éviter le déclin, en poussant les pouvoirs publics à plus de courage réformateur et, si cela est nécessaire, à s’y substituer, par le combat politique, pour mettre en oeuvre le plus vite possible les réformes dont la France a besoin.

Publié dans Les Echos  24 avril 2013.

 

Partager cette page

        

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>