« A Rome, fais comme les Romains ! »

03

25 septembre 2013 • Actualités • Vues: 2479

Certains invoquent la laïcité comme seul rempart afin de préserver notre identité nationale face à la montée du communautarisme. Ainsi, Marine Le Pen, s’exprimait-elle dans un entretien au Monde l’an dernier : « La laïcité est une valeur non négociable, comme la liberté. A chaque fois qu’on l’a laissée s’affaiblir, on a créé le terrain de revendications nouvelles. Hier, c’était les prières de rue, ils ont obtenu qu’on leur accorde des mosquées en contravention avec la loi de 1905 ; puis il y a eu des réclamations dans les écoles, les cantines… Je ferai inscrire dans la Constitution que “la République ne reconnaît aucune communauté”. Ce qui permet de s’opposer à toutes les revendications communautaristes, y compris dans le secteur privé ».[1]

                Outre qu’elle est liberticide à l’égard de toutes les religions, cette prise de position est vouée à l’échec. En effet, face à une croyance positive (en Dieu, en Allah ou en Bouddha), la laïcité, qui reste avant tout une doctrine négative, n’aura jamais la même force d’impact et d’attraction. De fait, qu’est-ce que la laïcité sinon l’amputation de la dimension religieuse de tous dans l’espace public afin de préserver l’universalité des missions de l’Etat et la garantie du droit de chacun ? Compromis utile dans certains cas, elle ne pourra jamais constituer une doctrine pouvant susciter une adhésion du cœur. On ne donne pas sa vie pour la laïcité et c’est heureux qu’il en soit ainsi.

On sait, par ailleurs, que la laïcité n’a jamais endigué dans aucun pays le développement d’un islamisme conquérant. Le « printemps arabe » vient nous le rappeler, tout comme l’islamisation de nos banlieues. De plus, la laïcité reste une abstraction : elle n’enracine pas les citoyens dans une civilisation ; elle ne les ancre pas dans les profondeurs historiques d’une nation, elle ne permet pas d’embrasser les dimensions affective, charnelle et spirituelle de la personne et de les inscrire dans une tradition nationale. Bref, elle n’est pas l’outil idéal de l’intégration.

Si elle n’est pas couplée à la tradition, la laïcité risque aussi de mettre toutes les religions sur un même pied d’égalité, au mépris de la culture d’un peuple. Tout juste nommée membre de l’observatoire de la laïcité, Dounia Bouzar vient de proposer la suppression de deux fêtes catholiques dans le calendrier des jours fériés pour les remplacer par une fête juive (Yom Kippour) et une fête musulmane (l’Aïd).[2] Une demande qui vient en complément de celle déjà formulée il y a plusieurs années par Bertrand Delanoë. Or, avec une application mathématique de la laïcité, c’est la culture d’un peuple que l’on efface, et la porte ouverte au déracinement ! Comment comprendre l’histoire de France sans un minimum de connaissances religieuses ? Comment saisir les chapiteaux et tympans de nos cathédrales sans culture chrétienne ? A ce rythme-là, les étudiants français seront bientôt étrangers à leur propre culture et se promèneront à l’intérieur du Louvre sans pouvoir comprendre le sens des œuvres qu’ils admirent. La France ne doit pas oublier qu’elle a des racines : le calendrier des fêtes chrétiennes est censé nous le rappeler et sa valeur symbolique ne doit en aucun cas être occultée.

 D’autres pays que le nôtre n’éprouvent pas le même embarras. Devant l’afflux de touristes occidentaux arborant des tenues jugées non conformes aux coutumes locales, la Qatarie Najla Al Mahmoud a lancé une campagne de communication demandant aux touristes visant les émirats de la péninsule arabique, de revêtir des habits plus décents, en adéquation avec les coutumes et mentalités locales. « Que vous le vouliez ou non, ces pays ont leur propre culture qui doit être respectée et protégée par leurs propres peuples » se justifient les initiatrices de la campagne.

Réflexe de bon sens. Alors, pourquoi ne pas s’inspirer de l’exemple émirati pour demander aux populations allogènes d’adopter les us et coutumes des populations autochtones ? Pourquoi céder à tous les particularismes de cultures étrangères, par ailleurs très respectables, pour s’enfoncer dans une forme de multiculturalisme destructrice de toutes les identités ? Pourquoi invoquer à tout va la laïcité quand il suffit de répondre comme Saint Ambroise à Saint Augustin : « A Rome, fais comme les romains » ? Puisse l’empire romain inspirer à nouveau la France !

 

 


[1] Entretien au Monde, 21/09/2012.

 

Partager cette page

        

Tags: , ,